dimanche 1 juillet 2012

- Ultra Trail Sobrarbe - Peña Montañesa


J'étais confiant…Partant d'une théorie très personnelle selon laquelle si je peux courir un 40km quasiment à fond, je peux sans problème en faire 65 sur un rythme tranquille, j'étais persuadé de voir la ligne d'arrivée. 
Mais encore faut-il respecter les conseils de base que j'ai pu donner dans Réussir son Ultra .








Vendredi 29 juin, il fait beau, il fait très chaud quand j'arrive à Ainsa où je retrouve l'équipe française du Sobrarbe 2012 composée de Béa, Romain, Steve et Yvan. Direction le joli centre historique de la ville pour une courte balade et une hydratation au houblon. Nous récupérons ensuite nos dossards, tout en saluant de rares connaissances, le toujours sympathique Oscar Perez Lopez ou un autre coureur venu aux Citadelles, dont d'ailleurs j'attaque la nouvelle promotion.











Nous partons ensuite en ville pour manger et s'hydrater encore un peu, mais une fois de plus nous n'aurons  pas trouvé le resto idéal. La pizza que j'ai choisie était vraiment très moyenne.
La nuit qui suit n'est pas terrible, il fait chaud et les jeunes cons qui crient et se baignent à la piscine voisine n'aident pas au repos. Réveil à 4h, p'tit dej, préparatifs et prêt au départ à 6h.



Avec Oscar Perez Lopez , le sympathique espagnol une nouvelle fois vainqueur.


Fantômette et les quatre mousquetaires.







Sans aucun échauffement, je pars à une allure très lente, presque dans les derniers, puis je commence à remonter petit à petit, dépassant Romain, Steve puis Yvan. Je me sais parti pour une longue journée, sous la chaleur, et l'économie doit être ma ligne de conduite.





Une fois le début sur route passé, on rencontre rapidement de jolis sentiers et les premières montées où ça n'avance pas très vite. Il y a quand même des limites à l'économie et en marche rapide je dépasse pas mal de coureurs. Suit une belle descente à travers bois puis sur un terrain aride qui m'amène au premier ravito de Los Molinos. 




Je rajoute un peu d'eau dans mon bidon et bois une gorgée d'Aquarius. Pour les non connaisseurs, c'est une boisson énergétique (?) que l'on trouve sur les courses en Espagne. Le  goût est agréable, proche d'un Fanta citron et donc j'en bois un peu, par plaisir.



 Puis c'est reparti pour une nouvelle montée dont je me souviens assez peu  jusqu'au ravito de Monasterio San Beturian. Un salut à l'organisateur qui est là, une gorgée d'Aquarius, un pointage sur le dossard et c'est reparti. 









Alors que je cours avec Béa sur cette partie descendante, c'est Yvan qui nous rejoint. On va passer un moment ensemble, à se perdre un peu de vue au gré des arrêts photos alors qu'Yvan préfère filmer. Il y a en effet de quoi faire de belles images sur ces sentiers éclairés par les premiers rayons du soleil qui vont nous mener au ravito de San Juan de Toledo.





Stratégiquement, c'est le moment de bien s'alimenter avant l'énorme montée de 900m+ en direction du Collado del Santo. Je grignote quelques cacahuètes et autres "graines" pour l'apéro, seules alternatives aux fruits ou biscuits sucrés. Le Coca et autres aliments salés manquent vraiment. Je bois un peu d'Aquarius, recharge mon bidon en Nutraperf et le camel en eau claire. Au moment où je quitte le ravito, Steve et Romain y arrivent et pour le moment tout le monde a l'air en forme.










La montée vers le collado El Santo est superbe, heureusement ombragée la plupart du temps car le soleil est maintenant sorti et il commence à faire chaud.
Je continue à jouer au yoyo avec Béa et Yvan, prenant de l'avance ou du retard en fonction de mes arrêts photos.






Je suis en forme et cette grosse montée se passe très bien, j'y double quelques coureurs, relançant sur les quelques jolies prairies d'altitude que nous parcourons.



Le col offre un joli point de vue et je prends le temps de faire quelques photos en grignotant un bout, avant de basculer dans la descente en direction du prochain ravito.
Je ressens parfois une petite pointe dans le ventre en commençant à descendre , mais cela passe rapidement.







Je suis toujours plus ou moins avec Béa alors que nous parcourons sentiers en balcons puis traversée de bois quand Yvan nous rejoint. Cette partie qui mène au ravito du Collado Cullivert est vraiment très belle également.
Au ravitaillement où Romain arrive aussi, nous prenons le temps de bien boire et manger. Cela fait maintenant 3h30 que nous sommes en course pour 25km parcourus et une grand partie du dénivelé total.
Je bois à nouveau de l'Aquarius et idée géniale, je décide d'en prendre dans mon camel back alors que je remplis mon bidon avec du Nutraperf.
Yvan repart le premier, en forme semble-t-il, suivi de Romain.


J'ai bien étudié la carte et je sais que la partie qui suit, environ 8km de piste (!), va être dure et chiante. Elle flinguera d'ailleurs le moral de Steve qui n'ira pas plus loin.


J'ai la chance de la parcourir (ou la marcher) avec Béa, ce qui rend ce calvaire moins pénible. Mais c'est très long, même si je me sens toujours très bien, facile même, toujours persuadé de voir l'arrivée dans quelques heures. Je bois régulièrement, alternant Aquarius et Nutraperf, et je me rafraichis les pieds et la tête dès que je croise un point d'eau.





Cette piste a quand même une fin et après un nouveau petit ravito, on la quitte enfin pour attaquer de nouveaux sentiers. Je commence à ressentir une gêne au niveau du ventre, mais ce n'est pas trop pénalisant, même si je commence à avoir un peu de mal à suivre Béa.

On rattrape bientôt Romain qui lui est vraiment mal : sale tête et le ventre en vrac, apparemment il a noyé le moteur. On le laisse à ses malheurs et il aura la force d'aller jusqu'au km43, finisher du maraton.








Les paysages sont toujours magnifiques, avec les Pyrénées et le Mont Perdu au loin, mais si je les vois si bien c'est parce qu'il n'y a plus d'arbres et que donc le soleil tape très fort. Il est environ midi et je commence à accuser le coup, étant toujours gêné par mon ventre.





Cereza, terme du maraton, apparait enfin et c'est l'espoir de boire un bon Coca, non pas au ravito mais acheté dans un commerce.



Mais dès que j'arrive, je retrouve Béa et Yvan qui m'annonce qu'il n'y a pas de commerce ici. Dommage.

Je pioche donc quelques babioles au ravito, un quartier  d'orange, un peu de salé et évidemment de l'Aquarius. J'en recharge encore une fois mon camel back, mouille mes pieds pour calmer quelques échauffements naissants avant de repartir pour la terrible montée vers le col de Cereza, 600m à grimper en moins de 5km.



Le début sur piste où je peux prendre un rythme régulier me convient, alors que je peine beaucoup dès que j'attaque le sentier et sa très forte pente. La première gorgée d'Aquarius m'a laissé un mauvais goût amer dans la bouche et je ne peux plus en boire. Je n'ai plus trop envie non plus de mon Nutraperf, ni de manger.

Béa a pris de l'avance et m'attend à une traversée de piste où deux jeunes espagnols sont aussi arrêtés. Ils n'ont pas l'air frais alors que moi je me sens de plus en plus faible. Je m'assieds un peu à l'ombre, j'ai envie de dormir, tout va mal. Je repars péniblement, m'arrête à l'abri de quelques arbres pour une pause technique qui soulage un peu mon ventre, sans plus. J'essaie de manger un demi babybel, je poursuis pas après pas, m'arrêtant parfois appuyé à un arbre, très faible.


Alors que j'arrive sous le col, Yvan d'une piste un peu au dessus crie pour m'encourager. Ça me fait plaisir et je bois un petit coup de Nutraperf pour en terminer avec cette ascension. Effet immédiat, le liquide remonte aussitôt. Je m'appuie à un arbre, très mal, et vomis une seconde fois, uniquement du liquide.


Je peux repartir, lentement mais un peu soulagé, jusqu'au ravito du col où je retrouve Béa. Je vide toutes ces boissons et rempli poche et bidon avec de l'eau claire. L'homme en jaune sur la photo s'éloignera un peu pour aller vomir  plus loin. Tout va bien...


Béa me file un cachet de glucose qui peu à peu va me faire du bien. Mais le mal est fait, je suis affaibli et je n'arrive même plus à trottiner. Je laisse filer Béa, qui terminera 4ème fille en 12h, et commence une longue marche.



Il y a eu heureusement encore beaucoup de sentiers sous les arbres qui m'ont relativement protégé de la chaleur et d'autres très beaux passages où je pensais à avancer peu à peu, sans me soucier de prendre des photos.

J'étais vidé, faible et peu à peu l'idée de l'abandon au prochain point de ravitaillement à commencé à me gagner. J'ai dû m'arrêter plusieurs fois, à nouveau gagné par le sommeil. Je n'ai pas voulu essayer de dormir, persuadé que le premier coureur qui passerait allait me réveiller. J'ai avancé, doucement, et sachant que les derniers kilomètres allaient être exposés au soleil, je ne m'imaginais pas les affronter et puiser encore en moi, aggravant mon état.



C'est ainsi que je suis arrivé à Oncins après plus de 10h de course, à seulement 10km de l'arrivée et trois de la barrière horaire de Torrelisa que j'avais plus d'une heure pour parcourir.
Mais physiquement j'aurais dû beaucoup puiser et au vu de l'état de faiblesse qui m'a accompagné toute la soirée, je ne regrette pas d'avoir décidé de m'arrêter là.
Il me tardait de revenir à Ainsa, de me refaire, sans attendre les derniers pendant une ou deux heures pour pouvoir rentrer avec les bénévoles. J'ai donc passé un coup de fil et je remercie encore une fois Romain d'être venu me récupérer au bout du labyrinthe des routes de campagne.


Avec Romain, j'ai ainsi pu retrouver Béa et Steve et tous les quatre nous avons assisté à l'arrivée d'Yvan. Un bel exploit, il fallait être fort pour aller au bout en ce jour.







Après una cerveza puis une douche froide, on a pu aller buller un peu au bord de la piscine, une excellente glace au chocolat à la main.


J'ai à peine touché au repas du soir, trainant un fort état de faiblesse qui n'est passé qu'après une nuit de sommeil. Après les plus de 35° de la course, j'ai retrouvé le froid le dimanche , en même temps que l'appétit.


 
Une semaine après, mon analyse est toujours la même, j'ai vraiment bien fait d'arrêter avant de faire encore plus mal à mon corps.
Si je n'ai pas vu l'arrivée, c'est évidemment à cause de la grosse chaleur, mais aussi certainement à cause de deux grosses erreurs de débutant :
- boire n'importe quoi, en plus en quantité, alors que je sais très bien qu'il faut s'en tenir à ce que l'on a testé à l'entraînement
- avoir les aliment salés dans le sac à dos, inaccessibles, ce qui fait que j'ai mangé très  très peu quand je n'ai plus eu envie de sucré.

Malgré cet abandon, j'ai pris beaucoup de plaisir lors de ce petit séjour, en raison des magnifiques paysages et sentiers rencontrés et grâce à la bonne ambiance qui a régné au sein de notre petite équipe.

Pour les erreurs, elles m'auront servi de révision pour la prochaine étape en ultra.

Hasta siempre !

Et puis à ne pas rater pour mieux comprendre toutes les difficultés de cette épreuve, le film réalisé par Yvan :









7 commentaires:

Steve a dit…

Je te rejoins sur ton analyse de l'abandon qui est la même pour moi.
Le prochain défi fin août sera moins chaud j'espère.
Bonne récup et rdv dans le 65...

Allez plus loin a dit…

Encore un beau reportage avec de très belles photos!
Sage décision (pour ma part très dure à prendre) et la preuve qu'après de nombreuses courses elles nous en apprennent toujours... J'espère que t'as définitivement récupéré

Francis a dit…

C'est quand même une belle balade que nous raconte...Et cela t'as permis de prendre le temps de faire quelques clichés aguicheurs..Cela donne bien envie (il me reste à motiver la team FF) pour l'an prochain.

Manu a dit…

Voir le Grand Mich un genou à terre, c'est pas courant!!!!
Sage décision que tu as eu d’arrêter les dégâts, mais je vois que l'envie de courir ne t'a pas passée
A bientôt

Yvan a dit…

Très bon récit bien argumenté et illustré avec malheureusement les exemples à ne pas suivre.
J'ai pour ma part très peu bu d'Aquarius ( 1 bidon de 500 ml entre 2 ravitos ).Le Nutraperf j'ai arrêté aussi assez tot avant de m'en refaire un bidon à Cereza.Mais à la première gorgée dans la montée , j'ai eu mal au ventre et j'ai donc par la suite tourné à la seule eau.
J'avais à un ravito versé quelques uns de mes Bretzels dans une poche filet du sac et j'y ai donc pioché à l'envie.
Malgré cela le bide a été attaqué puisque j'ai eu du mal a apprécier la nourriture pendant au moins 3 jours.
Pour l'anecdote,le gars en jaune s'est aussi vidé à coté de moi après Torrelisa.
Pour conclure, tu as pris la bonne décision, il aurait inutile voire dangereux d'aller chercher plus loin ( au dela du dela ? ) un tee shirt finisher.
Tu reviendras encore plus motivé en 2013 !
Et ton départ sage nous a permis de partager de sympathiques moments.

Romain a dit…

1 expérience plus qu'enrichissante que ce sobrarbe 2012. Clairement ta décision d'arrêter était la plus sage.
En tout cas c'etait bien sympa de partager quelques moments en course en plus des moments hors course.
Pour la récup 1 bon week-end d'oxygénation en montagne et c'est reparti vers de nouvelles aventures.

david a dit…

même avec de l'expérience, on continue à faire des conneries ...
j'adore notre sport !