mercredi 27 avril 2016

Argelès Nature Trail



Quoi de neuf depuis la dernière course, le Trail de Fontfroide ? Tout d'abord une grosse dernière semaine de boulot avant les Citadelles avec beaucoup de présence sur le terrain pour baliser, rebaliser et vérifier, mais aussi des soirées bien garnies pour les dossards et réunions en tous genres.














Après cette belle semaine passée sous le soleil, le balisage se termine pour moi le vendredi avec le retour des nuages et les premières gouttes de pluie.


Samedi matin, une rapide sortie vers la crête de Millet pour une ultime vérification mais aussi une sortie plaisir avant de plonger dans la course elle-même.


La journée se passe bien, mise en place de la salle, remise des dossards, amigos partout, bières, pasta party et dodo.


Évidemment les sentiers très secs jusqu'au samedi ont été arrosés par une averse en fin de nuit. La course sera donc boueuse, une fois de plus, mais relativement sèche comparée à certaines années.
Tout se passera bien, des départs aux derniers arrivants, en passant par la remise des prix et autres tâches habituelles.



Une belle édition finalement courue sous le soleil, avec les parties secrètes qui auront été appréciées notamment sur le 70km. Comme les sections Terris - Croix de la Salette ou la descente de Bicharolle que je rêvais d'intégrer au parcours depuis des années.






L'impressionnant PC course.


Lundi matin, sortie de débalisage, la dernière d'une longue série qui m'aura vu accumuler beaucoup de kilomètres et d'heures en une semaine.










Retour sur les nouvelles parties autour de Bélesta - Fougax.


Après cela, et comme il fallait s'y attendre, la fatigue m'est un peu tombée dessus, suivie d'une petite grippe dont je me serais bien passé.
Résultat une grosse semaine à plat, sans entrainement, avant un retour progressif aux fractionnés, avec peu à peu de bonnes sensations. Le tout suivi de belles sorties qui m'ont permis de me présenter en forme au départ de cet Argelès Nature Trail.


Le tracé, avec le passage de relais au 18ème kilomètre.



Peu de photos récupérées de la course, alors le récit sera illustré avec celles prises durant différentes recos effectuées dans le secteur.
Et comme pour le relais c'est d'abord Marion qui assure la première partie. Je lui laisse donc la plume.




Ça y est nous y sommes. Et pourtant l'échéance paraissait si lointaine quand,  il y a quelques semaines ou quelques mois,  nous arpentions les beaux sentiers  des Albères pour en reconnaître et en apprécier la difficulté. ..........  5 heures le réveil me propulse littéralement hors du lit. Je suis excitée et terriblement impatiente..... Mon état d'esprit est complètement différent parce que c'est une course en relais. Et que Michel et moi avons ce matin un triple objectif  : nous défoncer l'un pour l'autre, arriver en moins de 6 heures, et gagner en relais mixte....... Que d'ambitions....... En route vers Valmy,  j'ai les yeux rivés vers les montagnes  :  de la route on voit la tour de la Massane, le roc Médès. Les contours du pic Neoulous et du pic des Quatre Termes sont moins nets, il ne doit pas faire chaud là haut........  Je suis heureuse et enthousiaste,  je me sens en forme et il me tarde de m'élancer à l'assaut de la tour..... Mon euphorie sera de courte durée : après 5 minutes d'échauffement tranquille je ressens une violente douleur sur le côté du pied droit. Je me masse, je m'étire. J'ajuste le laçage de mes chaussures.  Ça ne change rien. Un gros stress m'envahit et je perds toute ma sérénité.  Impossible de prévenir Michel parti plus loin pour voir et encourager les coureurs.




Le départ va être donné dans quelques minutes.  On verra bien. Quelques centaines de mètres de route et nous empruntons une large piste qui commence à grimper d'emblée sérieusement.  Les sensations sont bonnes et la gêne minime. J'arrive à me reconcentrer sur la course, à rentrer dans ma bulle. Rapidement nous progressons sur un monotrace technique et pentu,  j'alterne marche et course en fonction de la pente. Jusqu'ici tout va bien. La montre, programmée pour sonner tous les kilomètres,  me rappelle à l'ordre pour penser à boire et à manger régulièrement. 









Nous avons déjà pris pas mal de hauteur, je tiens un bon rythme,  toujours motivée. Nous rejoignons une portion de piste et j'aperçois Céline Hernandez,  juste derrière moi. Nous nous encourageons mutuellement.  Elle me double sur la dernière montée avant la Massane.  Je me cale sur son rythme,  et malgré mes efforts l'écart se creuse un peu. J'ai l'impression de bien gérer la course, je sais ce qui m'attend et je veux pouvoir maintenir un bon rythme jusqu'au bout........






Le vent et le froid nous accueillent au pied de la Tour. Et c'est aussi le commencement de la galère physique et morale pour moi. A chaque impact à droite j'ai l'impression qu'une petite lame s'enfonce dans mon pied. Des larmes me montent aux yeux. Et ce n'est pas le vent. Je suis obligée de m'arrêter pour m'essuyer et avoir à nouveau une vision correcte du parcours. En solo, je me serais résignée.  Peut-être aurais je abandonné,  peut-être aurais je réussi à relativiser.......  Pas d'autre choix aujourd'hui que de serrer les dents. Heureusement il y a les encouragements bienvenus de quelques spectateurs courageux,  des coureurs qui commencent à me reprendre. Elodie Varraine,  première fille du 42, impressionnante de facilité.  J'ai quelques répits à chaque fois que la pente est moins raide et moins caillouteuse. Et j'en profite à chaque fois pour allonger, relancer,  limiter la casse.......





Cerise sur le gâteau,  je ne sais pas comment mais je réussis à perdre le balisage dans la descente vers Lavall.  C'est pour moi le pire moment de la course. Je suis perdue, boiteuse. Et Michel m'attend sans rien soupçonner de mes soucis.  Je coupe à travers bois, manquant de chuter in extremis à plusieurs reprises......  Mais : ouf! J'aperçois la piste en contrebas!! Et des rubalises!!!!!.....  Portion de piste et grand soulagement.  Encore une fois un gros effort pour me remettre dans la course. Je ne m'arrête pas au ravitaillement. .... 









La traversée de la petite rivière se passe bien ( je retrouve un peu le sourire en pensant que Michel a vraiment eu une super idée en m'amenant faire ce bout de reco hier)...... Le premier kilomètre de remontée se passe très bien. Plus mal. Le moral. J'ai un bon rythme et je vois la fin.....









Cependant peu avant le sommet,  un gros coup de fatigue m'oblige à ralentir. J'en profite pour me retourner et admirer le paysage. Ce parcours est vraiment magnifique.  La mer, les reliefs, la garrigue en fleurs......  Heureuse de voir Christian,  sa fille et Béa avant de basculer..... En enfer. Je m'étais imaginé parcourir ces derniers kilomètres de descente à vive allure,  sprinter sur le bitume et transmettre le relais avec un grand sourire.  Et bien non.  J'ai recours à diverses techniques mentales plus ou moins efficaces pour m'obliger à avancer.







Finalement ce qui me redonne le moral c'est d'imaginer le plaisir qu'aura Michel en reprenant tous ces coureurs qui me doublent juste avant le passage de relais...... Voilà le fameux hangar.  Clefs,  lunettes,  brassard échangés. Et je regarde s'éloigner mon coéquipier......  Mon effondrement ne sera que passager et quelques mots amicaux, deux verres de coca,  de la pâte d'amandes.... Et je suis prête à retourner me poster à Lavall pour encourager Michel,  le prendre en photo.  Et l'accompagner un peu si possible. .......






Relais passé, je prends la plume.
Comme prévu Marion est arrivée entre 2h et 2h30 de course et m'a passé un très bon relais, en 11ème position. Si mes observations sont bonnes il n'y a devant nous qu'un seul relais mixte. L'échauffement a été un peu compliqué car sans savoir son horaire de départ il est difficile d'être prêt au bon moment, tout en restant toujours près du point de relais.
Mais les sensation sont bonnes et tout frais je reprends de suite de nombreux coureurs du 42km.


J'attaque la montée très fort, en course et marche rapide, et au bout de huit minutes je dépasse Valérie qui composait donc le relais mixte en tête. Normalement c'est gagné pour nous.
C'est déjà une grande satisfaction et je pense à me calmer car la course ne s'arrêtera pas au bout de cette montée au Néoulous en format kilomètre vertical. Il me restera ensuite 18km où assurer.


Je continue donc sur une bonne allure mais sans me mettre dans le rouge, dépassant régulièrement des coureurs solos et les laissant sur place, ce qui est quand même assez grisant.
Même si nous sommes dans les bois le vent violent commence à se faire sentir, et autour de moi les coureurs sortent leurs coupe-vents. Ma tenue est la bonne, deux couches, et même si j'ai eu un peu chaud dans la vallée j'ai été bien protégé pour les parties exposées.




Les couches de feuilles mortes sont un peu moins profondes que lors de nos recos, et en une heure j'atteins le ravito du Col de la Vaca. Je fais le plein de ma deuxième bouteille pré dosée, les deux chargées en Nutraperf.


Un quart d'heure plus tard je suis au pied du Néoulous, une belle montée d'environ 6km pour 1000m+ avalée rapidement, en 1h15.
Et je suis toujours en forme car je relance aussitôt sur le replat puis la descente. J'évite de justesse un vol plané après que mon pied ait accroché une ronce et file sur la belle et large crête.


Le vent est de plus en plus violent, on nous avait annoncé des rafales à 120km/h, et durant de longues parties je dois courir penché vers la gauche pour m'équilibrer et éviter de m'envoler vers l'Espagne.


Cette partie du GR10 est vraiment très jolie, entre de grandes prairies et des sentiers qui se faufilent dans les bois. J'envoie toujours bien, hésitant à une bifurcation où le balisage aurait mérité d'être plus conséquent, puis je commence à rejoindre une dizaine de coureurs que j'avais en visu depuis un moment.
Parmi eux la première fille Elodie Varraine. Elle avance vraiment bien, mais je finis par la dépasser comme les autres.
Sous le Pic des Quatre Termes nous basculons dans la descente, vers le ravito du Col des Trois Hêtres, rejoint rapidement. Ici je recharge une bouteille en eau pour éviter l’écœurement, et je repars la bouche pleine d'un mélange de sandwich au jambon et de Tucs.



Lancé dans la descente, je trouve Paul Marie arrêté au bord du sentier. Il m'emboîte le pas et on effectue une belle descente, un peu piégeuse dans les parties où d'épaisses couches de feuilles mortes recouvrent le sentier. Je rattrape quelques glissades avant d'arriver sur le coll de l'Aranyo et sa superbe vue sur la côte.




Paul est toujours derrière moi, mais comme je m'en doutais il s'envole dès que l'on entre dans de nouvelles parties bien techniques.
Perso je reste prudent, et même si je descends pas trop mal je sais qu'il y a beaucoup plus rapide que moi sur ce genre de terrain.


A cette vitesse la descente passe très vite et je rejoins bientôt le roc Médès où sont postés Béa, Christelle et Christian pour nous aiguiller. Pas le temps de m'arrêter les saluer, un cri et une tape dans la main suffisent avant de poursuivre.


Je suis au coeur de la descente vers Lavall qui est réputée pour être technique, et elle est l'est vraiment. Heureusement la veille nous avons reconnu cette partie et je sais à quoi m'attendre. Ca ne m'empêchera pas de heurter violemment une branche ce qui occasionnera une petite coulée de sang sur le bras.
De la sueur et du sang, nous y sommes, voila un vrai récit de course, ce qui tend à manquer de plus en plus dans nos chères revues où se succèdent conseils répétés chaque année, publi reportages sur les courses à venir et présentation sans fin de matériel.


Passons, et revenons dans la descente de notre joli sentier technique. Je reste évidemment prudent mais je le descends bien, suivi par un gars du 42km.




Ca se passe bien, les jambes répondent  et je n'ai aucun souci particulier. Le seul problème que j'aurais rencontré aura été en montée où le mal de dos m'a un peu gêné. A'mendonné, à force de négliger les séances de gainage il faut payer l'addition...



J'arrive donc en bas de la descente où je peux relancer un peu sur le sentier devenu plus roulant, heureux de savoir que Marion va être de l'autre côté du ruisseau pour m'encourager.



Marion :

Après une attente frigorifiée,  le retour du soleil accompagne l'arrivée des premiers à Lavall. C'est un plaisir d'encourager les autres coureurs!.....  Michel ne tarde pas! Il a repris des dizaines de coureurs,  puisqu'il passe dans les 30 premiers. Et quatrième relayeur. Beaucoup de fierté et d'émotion......  Le plus dur est derrière.  Quelques clichés et encouragements étirés sur un kilomètre..... 



Michel :
Effectivement elle est là et elle peut m'accompagner durant un bon gros kilomètre. La route est en faux plat montant et j'alterne un peu de marche et de course.


J'effectue une halte rapide au ravito pour compléter ma bouteille avec un peu d'eau gazeuse. Je reprends deux tranches de pain avec un peu de jambon, dans la bouche et dans la poche pour plus tard.


Je repars aussitôt, toujours accompagné et encouragé par Marion. Un relayeur me dépasse mais il m'est impossible de l'accrocher.








Marion m'accompagne jusqu'au pied de la dernière montée que j'aborde sur un bon rythme. Mais rapidement mon allure s'effondre et je vois derrière moi quelques coureurs du 42km qui reviennent. Ca monte bien, il fait un peu chaud, et je cale.
Je me secoue un peu, je rebois de la boisson énergétique, avale une paire de pâtes de fruits, pour retrouver un peu d'énergie. Après 200m de D+ j'arrive enfin au col de Pomer.
Le sentier commence à redescendre, mais il est à nouveau un peu technique. Je me fais rejoindre et dépasser par deux ou trois coureurs et la première fille du 42km. Je les suis, un peu en retrait, sans trop me faire distancer.


On arrive ensuite sur un bout de piste et un ravito qui n'était pas annoncé. Nul besoin que je m'y arrête, et j'en profite pour recoller au petit groupe.
Puis arrive après un dernier sentier un large chemin pour 4x4 qui me va très bien pour envoyer. Je mobilise mes dernières forces et je repasse rapidement la première et un autre coureur. Je suis bien lancé derrière un autre que je n'arriverai pas à reprendre.
Mais on envoie bien, le gps m'indiquera une paire de kilomètres à quatre minutes et des poussières. Il ne reste plus qu'à remonter un bout de route, avec les pieds qui se mettent à chauffer, effectuer un tour de parc et franchir la ligne d'arrivée dans l'indifférence générale. Pas grave pour moi, mais ce sera aussi le cas pour la première fille juste après. Peut-être dû à l'architecture du site qui fait que les gens sont partout mais pas forcément autour de la ligne d'arrivée et assurément à l'absence d'un speaker qui accueillerait les coureurs en faisant du bruit.
Enfin ce n'est pas bien grave et je suis vraiment très heureux de la course que nous avons courue à deux, et du résultat auquel je croirai quand je le verrai affiché. Pour les moins de 6h c'est acquis, en 5h58. Je cherche Marion en me dirigeant vers le ravito dont j'ai besoin, mais elle n'arrivera que quelques minutes plus tard.

Marion :
Vite ! Retour à la voiture pour tenter une arrivée commune......  Et bien Michel a été tellement rapide sur les derniers kilomètres.....  Qu'il arrive plusieurs minutes avant moi à Valmy !!!! Je suis un peu déçue d'avoir raté son arrivée.  Mais finalement tellement heureuse de cette belle épopée partagée. Il est vrai que monter ensemble sur la première marche d'un podium démultiplie le plaisir.  Encore un souvenir fort, couru et narré à deux. Comme un nouveau chapitre.

Michel :
Après quelques verres d'eau, des chips, une douche et un Pepsi, vient le temps du podium et de la confirmation que nous sommes bien les premiers du relais mixte (et cinquième de tous les relais sur une trentaine). Une grande satisfaction et de jolies minutes qui durent, grimpés sur la première marche.
La récompense aussi d'entrainements sérieux, malgré les jours amputés par la grippe, et de quelques sacrifices puisque depuis trois semaines je me privais d'alcool et de chocolat, en parallèle d'une petite cure de spiruline.

Après une ballade de récup sur le très joli Cap Béar et quelques excès en tous genres, il faudra à nouveau reprendre un entrainement sérieux en vue du Challenge Cathare qui est déjà tout près.
Tous les protocoles sont bons, il ne nous restera plus qu'à prendre autant de plaisir sur ces sentiers, en espérant monter à nouveau les marches du podium.











Un joli panier en récompense de notre victoire.





Et pour finir un mini bêtisier :












6 commentaires:

Anonyme a dit…

Joli récit à 4 pieds 😊

Philippe FOURMENT a dit…

Très sympa de vous revoir à nouveau à deux pour cette course bien gérée malgré la blessure de Marion (j'espère que ce n'est pas trop grave).
Grand bravo et vivement le prochain récit.

Francis a dit…

3 semaines d'abstinence au Nutella!!! Je ne te reconnais plus Michel ;)
Bravo à vous 2 pour ce nouveau "chapitre" d'une oeuvre que je vous souhaite la plus aboutie.

Yvan a dit…

Bravo à tous les deux et rendez vous à Cucugnan pour un nouveau podium !

Anonyme a dit…

Bon comment essayer de faire "original" pour un récit, une histoire, encore une fois magnifique???
Ce petit bout de pellicule qui laissera une belle page dans l'histoire du trail de "Sentier libre" mérite encore une fois une "paire de pompe d'or".
Le site du tournage est splendide.
Le casting est formidable avec deux têtes d'affiche qui méritent le prix d'interprétation masculin et féminin.
Les décors sont époustouflants.
La lumière et l'image embellissent l'aventure.
L'aventure et l'action de ce biopic sont plein de rebondissements, d'émotions, de souffrance, de partage et de joie...
Et à la fin: ça se termine en apothéose!
Non vraiment, on ne peut que plébisciter cette magnifique aventure et voter en masse pour la palme de "la paire de pompe d'or".
Bravo aux deux têtes d'affiche...
Presque 1 mois sans vous lire: ça devenait long d'où un petit effort dans les compliments amplement mérités.
Seb del pueblo de Rieucross

Christophe a dit…

Bravo, bravo et encore bravo! 4 mains, 4 pieds, 2 têtes et un sacré long récit bien agréable!