lundi 1 septembre 2008

- Grand Raid des Pyrénées : Partie 2










Tournaboup - Vieille Aure : Si près de l'abandon...











Je repars avec près d’une heure d’avance sur mes prévisions et surtout en 13ème position, car j’avais l’espoir secret de finir dans les 10 premiers.
La pente est d’entrée très dure, la chaleur écrasante et il n’est même plus imaginable de faire un pas de course.





Je monte, lentement, et le ruisseau que je longe est un douloureux appel à l’arrêt et au bain. On aura d’ailleurs la chance de croiser deux torrents dans le début de l’ascension et de s’y rafraîchir. Mais le terrain est par la suite très sec, sans aucune ombre où s’abriter. Je bois beaucoup, peut être trop, mais que faire d’autre ? Je mange un peu, le miel que j’avais apprécié ce matin est brûlant, limite écoeurant. Je me demande si je ne suis pas parti trop vite, si je n’aurais pas mieux fait de rester dans les pas de la première féminine au lieu de la doubler. Je viens à peine de penser ça qu’elle se matérialise à mes côtés ! Mais je ne pense même pas à emboîter son pas : un vrai métronome, qui monte à un rythme régulier et soutenu. Je ne la reverrai plus.





J’assiste à l’abandon du pote à Julien, scotché au bord du sentier, abattu par un coup de chaud. Je continue mais c’est dur, très dur.



Je mange un mini babybel qui me renvoie à l’Ultra Trans Aubrac, époque bénie où il faisait frais, où l’on marchait dans la neige…





J’ai retrouvé le sentier de mes recos qui monte vers le lac d’Oncet. Julien aussi m’a doublé, il vogue vers une très belle 10ème place.















Moi je suis de plus en plus mal, je sens que quelque chose ne va pas au niveau du ventre. Pas après pas je patiente, mais ça ne passe pas et je finis par faire une halte toilettes derrière un gros rocher. Je repars pensant être soulagé mais au bout de quelques pas je sens la nausée monter et je vomis au bord du chemin. La secousse passée, je me remets en marche, mais quelques mètres plus loin j’ai droit au deuxième dépôt de bilan.




Affaibli mais ne ressentant plus de gêne, je reprends l’ascension. Je suis rattrapé par un coureur qui en contrebas a assisté au spectacle. Il prend de mes nouvelles et fait un bout de route avec moi. Un gars sympa, qui me dit préférer le froid des Citadelles à la chaleur de ce jour. Je le laisse filer devant et je poursuis mon chemin de croix.








Le ravito du col de Sencours n’est plus très loin et c’est pour moi le but final de la course : je peux accepter la douleur, la fatigue et lutter contre, mais là je suis malade et qui a envie de l’être ?




Je vais rendre mon dossard, prendre la piste jusqu’au Tourmalet et de là, par la route ou en stop regagner la Mongie. J’ai juste envie d’être reconduit à l’arrivée, de me reposer puis d’aller manger une bonne pizza, arrosée de Coca.




Je veux être bien à nouveau, je ne veux plus être malade.














Mon petit pas m’amène jusqu’à la tente du ravito. A l’abri de la fournaise, je m’assieds et commence à boire beaucoup : du Coca, de l’eau gazeuse. Les deux bénévoles sont vraiment sympas et efficaces. Plusieurs fois ils s’inquiètent de mon état et ont un mot pour chaque nouvel arrivant. Je reste assis, prostré, n’arrivant pas à me décider à rendre le dossard. Toutes ces recos, toutes ces pages écrites sur le blog qui se concluraient par une aventure inachevée ?

Mais je connais le parcours et je sais la montée terrible qui m’attend après la Mongie. Faible comme je suis à cet instant, ça me parait irréalisable.




Je finis par m’allonger sur un des lits de camp, attendant pour voir si ça va aller mieux. J’y passe cinq minutes avant de m’asseoir à nouveau et de continuer à boire. Je suis incapable de me décider, j’étudie ma mini carte, le retour sur la Mongie semble plus court par la route que par le sentier, que faire ?




Une demi-heure que je suis là, je vais un peu mieux. Je vide l’eau sucrée dont je n’ai plus envie et je la remplace par de la fraîche. J'embarque un bout de fromage dans ma sacoche, debout devant la tente je ne sais pas si je pars à droite vers l’abandon ou à gauche vers la course…




Le profil est de toute façon descendant, les paysages semblent beaux, je prends le sentier vers la Mongie et je verrais bien mon état une fois arrivé là bas.








La descente est belle et je l’effectue derrière un coureur, en trottinant. Je suis content, ça va mieux et j’arrive à grignoter la moitié de mon bout de gruyère. Par contre l’eau claire a un goût de plastique et je n’en boirais pratiquement plus.

On double plusieurs concurrents, personne ne va très vite à ce moment là. Mais plus j’avance et plus le spectre de l’abandon s’éloigne. Il faut forcer pour remonter sur la Mongie mais je suis heureux d’y arriver et je fonde beaucoup d’espoir sur le ravito qui m’y attend.






J’y arrive au bout de 8h51 de course, avec dix minutes de retard sur mes prévisions. Mais après avoir touché le fond, ni le chrono ni le classement ne présentent maintenant un quelconque intérêt. Comme annoncé sur le papier, je trouve là une assiette de pâtes et des compotes. Le bonheur. Je prends aussi un verre de potage, je m’assieds pour manger et boire, encore une fois beaucoup de coca.

J’ai le plaisir de voir arriver Marc avec son pote, tous deux organisateurs de l’Ultra Trans Aubrac. On discute un peu, Marc vient aussi de vomir et Michel a abandonné sur blessure.






Photo Grumlie



Bien restauré, je remplis le camelback avec un mélange eau-coca, je retire mon maillot humide pour mettre le manches longues et je me prépare à repartir pour 20km de montagne, sans sortie de secours jusqu’au prochain ravito… A ce moment arrive dans la salle Grumlie qui a abandonné à Tournaboup, après plusieurs heures passées sans s’alimenter. Il a été raccompagné par la copine de Tooom qui lui continue la route, sans souci majeur pour l’instant.


Ça me fait plaisir de les voir et Grumlie m'accompagne jusqu'au départ de la Mongie.




Au dessus du barrage de Castillon, je suis rejoins par Marc et c'est parti pour plusieurs kilomètres à marcher côte à côte sur la piste qui monte vers Serpolet. On parle beaucoup, des Citadelles, de mon aventure sur l’ Ultra Trans Aubrac, de l’UTMB qui se court en ce moment. Je réalise d’ailleurs maintenant qu’il faut que je finisse le GRP pour avoir les 2 points qui me manquent pour la qualif à l’UTMB.



On passe comme ça d’agréables moments à discuter puis arrivés sur le petit sentier à flanc de montagne, il prend les devants. Jamais très à l’aise avec le vide, je préfère assurer mon pas sur des passages de pierriers un peu délicats.







Je rejoins ensuite le GR10 et la montée vers le col de Bastanet que j’ai reconnue. La pente est rude et l’on semble tous souffrir en se dirigeant vers le premier barrage. Je me souviens de ma reco, quand je montais comme un isard en doublant tous les randonneurs. Aujourd’hui j’ai nettement l’impression d’aller moins vite qu’eux. Je m’arrête quelques instants auprès de Marc, stoppé au bord du chemin. Encore un coup de moins bien pour lui. Je lui souhaite bon courage et je poursuis, il finira dans la nuit sur le coup de 3h du mat.





La montée est un vrai calvaire, avec en dessous du barrage de Grézioles un balisage bizarre qui suit le GR puis des rubalises qui indiquent une montée directe. Plus loin, je vois sur la gauche des flèches qui arrivent du GR. Assez incompréhensible, peut être une malveillance.










La course s’est transformée en une longue rando et je n’ai vu personne courir dans cette montée sans fin. La lumière de fin de journée embellit les paysages déjà très beaux du lac de Grézioles et j’arrive au refuge de Campana avec environ une heure de retard sur mon planning. Aucune importance. Je chambre les bénévoles, attablés sous la tente avec une bière devant eux.

Au point d’eau, un coureur qui m’avait vu "mourant" au col de Sencours semble content de voir que je suis reparti. Sympa. D’ailleurs, tout au long de la course, l’état d’esprit des coureurs comme des bénévoles fut absolument formidable.


Mais il est temps de repartir vers la dernière difficulté qui doit nous mener au col de Bastanet, avant la nuit. Ensuite je sais que ce sera plus roulant et en grande partie en descente. La montée est dure, très dure, même à une allure vraiment lente. J’arrive à boire mais je n’ai aucune envie de manger. En fait, c’est très psychologique, car je ne suis pas attiré par la nourriture que j’ai prévue mais uniquement par celle fournie par la course…et comme à la Mongie j’ai oublié de reprendre quelques trucs, il ne me reste que la moitié du bout de gruyère. Mais les coups de mou se succèdent et je dois m’arrêter ou me poser quelques secondes sur des rochers avant de continuer la progression.




Je pense aux sms que j’enverrai plus tard dans la nuit, et ce ne sera pas pour annoncer mon abandon.




Passé le dernier lac, dans la montée finale vers le col, je ne suis vraiment pas bien, l’impression de puiser dans mes dernières réserves pour avancer. Je me force à avaler une moitié de pâtes de fruits, ce sera le carburant suffisant pour atteindre le col de Bastanet.




Les couleurs du soleil couchant sur les montagnes sont superbes. Le coureur que je suivais depuis des heures se pose là, auprès des deux bénévoles qui vont bivouaquer ici cette nuit. Ils nous annoncent le prochain ravito à 1h40, optimistes me semble t'il.




En lorgnant sur leur casserole qui chauffe, je leur dis en plaisantant que je croyais avoir droit aux pâtes ici. Ils me répondent que c’est réservé aux VIP ou bien qu’il faut passer la nuit là. Le moral est donc bon quand j’attaque prudemment la descente piégeuse en direction du refuge de Bastan.


Je suis dépassé par une autre féminine, et encore une fois je suis impressionné par la régularité de l'allure des filles, pas très rapide mais qui les mène loin. A sa suite, j’essaie de trottiner un peu quand le sentier est bon, mais elle me laisse sur place. J’arrive comme ça au refuge encouragé par quelques randonneurs. Je refais le niveau d’eau, pas question d’être à sec avant le prochain ravito.



La nuit tombe petit à petit et tandis que je cours à nouveau, profitant de la faible visibilité, je pense à la France affalée sur son canapé, les yeux rivés sur le journal de 20h. Mais la nuit m’apporte un second souffle et je me sens à nouveau plutôt bien.




Je retarde le plus possible le moment d’allumer ma frontale, seul sur le sentier, avec juste le cliquetis lointain des bâtons du coureur qui me suit.




La progression est bonne en direction du col de Portet, le balisage aussi, avec pas mal de rappels à la peinture orange qui ressortent bien dans le faisceau de ma lampe. Les balises fluo se voient de très loin et sont de bons guides dans la nuit.











J’arrive au ravito vers 22h.C’est toujours aussi bon et complet : du coca bien sûr, mais aussi un potage et du jambon. Je prends quelques Tucs pour la descente, toujours ce blocage qui me donne envie de nourriture qui ne vient pas de ma réserve. Faudra que je consulte un psy…
Je me couvre aussi, car je commence à trembler de partout. Je passe l’indispensable buf des Citadelles autour du cou, j’enfile le coupe vent et les gants. Les gars du ravito nous informent de l’hécatombe : on serait une centaine sur le Grand et seulement trente sur l’Ultra.





Je repars en forme et pour ne plus avoir froid, une seule solution : courir. Le tracé suit le GR10 et est au début assez évident. Les balises réfléchissantes sont ensuite trop espacées, voire carrément absentes sur des portions où le GR est plus brouillon, mélange de pistes et de sentes à vaches. Parfois posées au sol ou masquées par la végétation et donc invisibles de loin. Je rattrape la féminine qui peste également, forcée qu’elle a été de chercher son chemin à plusieurs reprises.

On va parcourir la large crête ensemble, sans trop parler, mais associant nos visions pour garder le bon cap. Un coureur que l’on dépasse se joint à nous et à tous les trois on parvient jusqu’à la bifurcation du cap de Pède que Tooom m’avait annoncée avec raison comme non évidente.




Il n'y a plus qu’à dévaler le raide sentier qui nous ramène enfin à la civilisation, soit le village de Soulan. Ma montre affiche 15h24 de course, en reco j’étais descendu jusqu’à Vignec en vingt minutes et je me donne donc pour objectif de finir en moins de 16h.




Et puis surtout mes compagnons sont bien sympas, mais comme souvent j'ai envie de terminer ma course seul.




J’accélère donc le rythme et je fais une dernière descente de pur plaisir dans cette nuit qui reste chaude. Je reprends un coureur à l’entrée de Vignec, puis trois ou quatre autres qui marchent sur la route. J’arrive au panneau Vieille Aure, beaucoup d’émotion et des larmes pas loin de sortir.
Je finis sur un très bon rythme, heureux de retrouver les petites ruelles et le public chaleureux encore présent à cette heure tardive. Il est presque minuit, j’en termine en 15h57 à la 44ème position, ayant principalement appris qu’après avoir touché le fond on peut repartir et retrouver un second souffle.



L’après course




Après quelques cuillères de Nutella et un fond de Candy Up, je dormirais mal, une gêne dans les jambes m’obligeant à tourner et retourner pour trouver le sommeil.







Josian, 6ème de l'Ultra en plus de 35h.





Sous un soleil radieux, après une bonne douche au camping, je retrouverai au matin beaucoup de connaissances et autant d’expériences différentes vécues sur cette course.





Il y aurait beaucoup de monde à saluer tant le week-end fut chaleureux, et j’adresse une pensée particulière aux plus proches, Grumlie, Francis31,Tooom, sa copine et son pote.




Ne manquez pas leur vision de la course :








Conclusion



Par ses paysages sublimes, par ses difficultés dont on ressort grandi, le Grand Raid des Pyrénées, une fois ses erreurs de jeunesse gommées, deviendra sans aucun doute une des plus belles et des plus dures courses qui nous soit donné de partager.






9 commentaires:

Francis a dit…

Quelle aventure tu nous fait revivre Michel ! Et des photos toujours aussi belles ! Bravo pour ta course et bravo pour ce Récit.
Francis

Oslo a dit…

Un très grand bravo à toi ! Le récit de tes galères et de ta joie à l'arrivée est très touchant. C'est aussi une formidable leçon de courage et d'humilité. merci de nous faire partager ça et pour les photos de ces splendides paysages. Bonne récup !

tooom a dit…

Magnifique photos!!!! j'avais hesite a partir avec l'appareil mais pour des questions d'attache et de poids j'ai renonce. A bientot sur un autre trail.

Thomas

Anonyme a dit…

Merci Michel, je revie à travers ton récit cette magnifique aventure, bravo pour ton courage, il en fallait ce W.E!!
@ bientot sur les sentiers du GRP
Julien

Marlène a dit…

Toujours fidèle à tes aventures, je me suis régalée de ces belles photos et de ton CR toujours aussi bien écrit.
Merci de nous faire partager tes émotions, lorsque je te lis j'ai envie d'apprendre la cabri... tu me donneras le secret ?
Bises,

grumlie a dit…

Comme quoi la limite entre abandonner ou continuer est plutôt fine. Bravo à toi d'étre allé au bout et merci de nous faire de si beaux reportages.
Ps: merci pour le conseil pour les photos sur le blog.
A+ sur les sentiers!

romain a dit…

Salut!
Ton récit sur le GRP m'a beaucoup touché. Ton courage et ton mental t'ont fait aller au bout. C'est beau!
Merci à toi!

Sch BRETON Gwénaël a dit…

Je peux venir avec toi pour l'édition 2009.
Allez STP ;-)

Super Génial J'adore
Milles Merci

Anonyme a dit…

belle perfomance et surtout un mental qui suit
récit passionnant.
félicitatons
millepattes77.over-blog.com