mardi 16 février 2016

Gruissan Phoebus Trail


 8h du matin dans ma chambre d'hôtel, je stresse comme je ne l'avais pas fait depuis longtemps avant une course. La raison en est simple, aujourd'hui je ne cours pas que pour moi puisque je vais faire le 50km du Gruissan Phoebus Trail en relais avec Marion.
L'avantage de loger à 200m du départ c'est que je peux me préparer minutieusement jusqu'au dernier moment, et multiplier les passages aux toilettes avant et après l’échauffement.
9h moins quelques minutes, le temps de jeter mon sac dans la voiture et je peux rejoindre les premières lignes du départ, je suis prêt.


Mais avant cela il y a eu la veille le petit footing à l'aube, démarré sous une bruine agréable qui s'est vite transformée en vraie averse. J'avais heureusement pris mon coupe vent qui m'a évité de rentrer complètement trempé.


Après un excellent petit-déjeuner, j'ai pu rejoindre le salon pour monter un stand pour les Citadelles et le Défi Sud Trail's. Il ne reste que des dossards pour le 70km, mais le plaisir de rencontrer  copains, coureurs et organisateurs d'autres courses  et de papoter avec eux est toujours présent.


Je grignote un peu à midi avant d'aller voir passer le 18km dans la première bosse, mais aussi découvrir la tour ruinée où je n'étais jamais monté.






 Le soir arrive avec ses plaisirs et ses protocoles de veille de course. La nuit est bonne, et à 9h le départ est donc donné.





 
Je n'ai pas de stratégie de course particulière, si ce n'est de ne pas perdre trop de temps sur Lieven des Foulées du Sou, et de prendre un maximum d'avance sur les filles des relais concurrents, les équipes Isostar et les Givrés de Nay. D'après la liste des inscrits, le podium en relais mixte devrait se jouer entre nous.
Je pars donc très fort, d'autant plus grisé de me retrouver côte à côte avec plusieurs des meilleurs trailers français. Les plus rapides dont Sébastien Spelher creusent un petit écart, mais je tiens ma place dans le top10, dans le sillage de Julien Jorro.




J'arrive à tenir ainsi environ trois minutes avant de me calmer car même si je n'ai que 30km à courir alors que eux en ont 50, leur rythme est impossible à suivre.




J'attaque donc la célèbre bosse du réservoir bien placé, gardant un gros rythme en marche rapide.


Boosté par le public, dont Marion et d'autres relayeurs, je passe en haut environ dans les quinze premiers. Mais je sens que je paye déjà mes efforts et que je dois me calmer très rapidement.


 Je lève donc un peu le pied dans les parties qui suivent, même si elles sont très roulantes comme la majorité du parcours. Mais il faut courir et il me tarde déjà la remontée sur le plateau pour marcher un peu et m'alimenter.

 


Arrivé sur le plat, il est temps de relancer à nouveau. Le rythme est bon, rapide, tout en étant prudent sur le terrain si particulier et accidenté de la Clape.
Pour le moment je connais bien les sentiers, qui sont communs au 25km couru à de multiples reprises. Puis peu à peu on s'éloigne des parties connues, et je découvre de nouveaux recoins de la Clape. Parfois de vagues souvenirs reviennent en visitant quelques endroits déjà vus lors de mes participations à la longue distance, il y a déjà quelques années.




Je file toujours, buvant régulièrement, et mangeant pâte de fruits ou barre d'amandes dès qu'une montée se présente. Après une heure de course je suis doublé par Sébastien Perrier qui n'est pas le premier venu, ce qui m'indique que je fais une belle course.
Puis je tiens tête pendant un moment aux deux premières féminines qui sont revenues sur moi. Je tiendrai une bonne demi-heure avant de les voir elles aussi s'éloigner.
Je puise beaucoup, et ma vitesse de course diminue peu à peu. Je me sens faiblir par moments, mais pas question de me laisser aller car aujourd'hui je ne cours pas que pour moi. Lieven m'a passé depuis un moment, mais je dois continuer à creuser l'écart sur les filles du relais.

 

Alors j'avance toujours, alternant eau sucrée et Nutraperf, grignotant un bout, et passant au-delà de la fatigue, poussant plus loin que ce que je ne l'aurai fait pour moi seul.
J'essaie de ne pas sentir l'échauffement sous le pied, moins prononcé qu'à Bize, mais la douleur sur un orteil qui a dû taper une pierre devient handicapante. Je dois être vigilant quand le sentier est technique, bouchonnant durant quelques minutes Antoine revenu derrière moi, puis je me retrouve fortement ralenti par la douleur dans une descente très caillouteuse qui nous fait quitter le plateau vers la route de Narbonne plage.


 Sur les pistes roulantes, l'orteil ne me fait heureusement pas souffrir et j'arrive à courir, même si ma vitesse a vraiment diminué en raison de la fatigue. La troisième féminine Sissi m'a dépassé depuis un moment, vers la Vigie.
Le parcours tourne et retourne, plongeant dans de petites gorges pour remonter plus loin. Heureusement  la montre GPS m'indique les kilomètres qui défilent, mais sur la partie finale et roulante le compteur ne s'incrémente pas bien vite.
Et il reste encore deux ou trois kilomètres quand une fille habillée en Isostar me rejoint. Voila qui n'est pas bon pour notre relais. Je sais que c'est perdu d'avance avec Emmanuel qui va prendre son relais, car il est très rapide, mais j'essaye quand même de tenir et de suivre le plus possible la fille pour ne pas laisser un trop grand écart avec eux à Marion.


Et puis, après 28km qui ne furent vraiment pas simples mais où j'ai tout donné, j'arrive enfin en vue de voitures garées et je commence à croiser de plus en plus de spectateurs. Mon coach du Satuc est là, attendant sa copine pour prendre le relais.
Je détache ma ceinture porte dossard et je cours les dernières portions de sentiers en la serrant dans ma main.
Et puis arrive enfin le point de relais, et la fin de cette longue course épuisante de 2h40.
Marion me donne les clefs de la voiture d'une main, et de l'autre je lui passe le dossard. Fin de ma partie, il est temps de m'arrêter, de m'asseoir, de manger et de boire. 
Mais c'est aussi à ce moment du récit qu'il est temps de laisser ma plume à Marion pour qu'elle nous raconte comment elle a vécu sa course.



8h le 14 février. Le vent terrible a chassé tous les nuages. Une belle journée s'annonce. Le temps de prendre quelques cafés en bonne compagnie, puis je gagne le point stratégique d'où je pourrai encourager Michel. Ça y est le coup d'envoi est donné ! Quelques minutes passent et on aperçoit déjà l'avant du peloton, comme un ruban multicolore. Surprise de taille quand je découvre mon coéquipier, en grande forme, aux avants postes. Il ne faiblit pas dans la montée du réservoir et passe à mon niveau dans les 15 premiers !!!!! Cela donne le ton, il ne s'agira pas de faiblir mon tour venu. 
Pour moi la pression monte déjà : combien de temps Michel va t'il tenir ce rythme infernal? ...... Deux heures à occuper avant de gagner le point de passage du relais. Deux heures à établir des pronostics et à rigoler avec les autres relayeurs. ....... 




Il est 11h déjà, malgré le vent la température a grimpé sérieusement. Il fera chaud et soif. Après des manœuvres compliquées je parviens à me garer. Mon échauffement sera plus que succinct tant j'ai peur de rater le passage de relais. 11h25, le premier relayeur passe, 11h28, c'est au tour de Lieven! J'ai les yeux rivés sur ma montre, l'écart se creuse..... Pourvu que Michel aille bien, qu'il ait géré sa course...... Le voici! Je me saisis du dossard. Malgré la séance d'entraînement de passage de relais pour rire, j'ai du mal à m'équiper. Il me faut 100 mètres pour enfin rentrer dans la course. On attaque en côte, je pars en sur-régime et j'ai déjà la satisfaction de doubler plusieurs coureurs harassés.




 Au bout de 3km je dois me raisonner: je ne tiendrai pas deux heures à ce rythme. Je me reconcentre et les sentiers piégeux et caillouteux m'y aident. Aujourd'hui je n'ai pas le droit à l'erreur. D'ailleurs les bénévoles sont là pour me le rappeler : " vas y!!! " " pour ton équipe !!!"..... Ça zigzague, ça monte, ça descend..... Je remonte encore quelques concurrents...... Enfin une bonne surprise : la blonde tresse d'une relayeuse partie quelques minutes avant moi.

 



 
J'accélère et je la double, on arrive déjà à la fameuse descente à la corde. Je reste concentrée, j'ai un bon tempo , je pense à boire. Petit passage technique où il faut mettre les mains ! Chouette une deuxième relayeuse! Et une bonne surprise en haut : Michel, avec un grand sourire posté là pour m'encourager !!!







Les kilomètres suivants passent bien, je double deux ou trois coureurs en prenant soin de justifier ma relative fraicheur...... Descente vers le ravitaillement : je le connais ce photographe ! Comment fait-il pour être partout ? Cela me remotive et j'allonge la foulée sur une partie roulante et facile. Les coups de mou et les fatigues passagères ne sont pas de mise aujourd'hui ! Je ne cours pas pour moi mais pour la Team!!!!! 









 




Au 16eme km j'aperçois une silhouette bleue familière : Sylvaine Cussot!!!!! Courir dans le sillage de cette grande et belle championne me donne une belle énergie! Il ne reste que 3km : la piste cyclable, pour relancer, puis une dernière butte. 
D'en bas j'aperçois la silhouette de Michel découpée contre le ciel. Pour lui faire honneur, je ne marche pas dans le dernier raidillon. Ses encouragements sont encore bienvenus!!!! Voilà un dernier km et c'est l'arche d'arrivée..... ........ Des heures belles et accélérées qui donnent envie d'en courir d'autres. D'écrire de nouveaux chapitres. Alors à bientôt, peut-être !
 




 




Me revoilà. Finalement nous avons terminé 8ème relais sur 38, et 4ème relais mixte. Tant pis pour le podium, quand on a tout donné on ne peut qu'être satisfait du résultat.
Et en nous y mettant à deux, Marion ayant remonté beaucoup des coureurs qui m'avaient dépassé, nous avons terminé 35ème du général en 4h48.


Fin du récit, c'était une belle expérience que cette course en relais et le temps viendra d'en courir d'autres à quatre jambes, et de les raconter à deux plumes.

Merci à toutes celles et ceux à qui j'ai piqué des photos, et merci à toutes et tous pour vos encouragements au bord du sentier ou en me dépassant.
 


4 commentaires:

Anonyme a dit…

On sent un plaisir décuplé de faire un relai de la sorte: bravo à vous deux pour la course et pour le récit...
J'ai bien pensé à vous aujourd'hui dans les 25 cm de neige qui conduisaient à notre Pog préféré ;-))
Au 27 l'ami et je retiendrai ton "protocole" pour me donner des ailes le jour "j".
Seb del pueblo de rieucross

Yvan a dit…

Belle aventure partagée, beau résultat et beaux sourires.
Vivement le prochain récit à quatre mains !

Philippe FOURMENT a dit…

Quel beau récit d'une course aussi bien courue que décrite. Ça fait plaisir de voir ce relais mixte raconté par deux amis.
Bravo à vous et vivement le prochain. Faites gaffe, on s'entraine avec Cricri.

Steve a dit…

Belle aventure et beaux récits de ce duo infernal !